Qu’il est beau le documentaire sur les retrouvailles d’Oasis
À un certain moment de « Oasis: Don’t Look Back in Anger », capturé dans l’un des nombreux moments qui composent le passionnant documentaire sur les incroyables retrouvailles du groupe de rock britannique, un prêtre dit que les gens ne sont pas revenus fouler les stades « pour le concert, mais pour la réconciliation ». Un flot de corps et de sensations, un écheveau humain qui n’attend qu’une chose : un rite païen de résurrection.
C’est finalement de cela que parle l’œuvre de Will Lovelace et Dylan Southern, présentée hors compétition à la 83e Mostra de Venise et immédiatement en salles à partir du 10 septembre, un acte d’observance obséquieuse du culte et de la mythologie, une œuvre qui encadre et renforce la légende d’un duo, celui fondé par les frères Liam et Noel Gallagher en 1991 puis implosé en 2009, qui a non seulement marqué le monolithe de l’histoire de la musique, mais qui était aussi une marque tendance esthétique, inoxydable et transgénérationnelle.
C’est là que réside le trait caché – mais pas caché – d’Oasis: Don’t Look Back in Anger, qui dessine le meilleur possible et un crescendo émotionnel après l’autre dans les limites d’une œuvre qui reste une commande, en fait une sale hagiographie qui, dit-on clairement, sert à inverser le récit destructeur autour des décennies de séparation du groupe pour le convertir en un élan d’amour et de partage collectif.
De quoi parle Oasis : Ne regardez pas en arrière avec colère
Comme si c’était peu, et comme si c’était peu de pouvoir le faire avec ce mariage très centré entre intentions et résultats, entre tensions et relâchements. Derrière tout cela se trouve une main qui connaît les personnages et les antihéros, Steven Knight (le créateur de Peaky Blinders), dont le scénario construit au début le documentaire sur la peur – réelle, induite, simulée ; peu importe – que tout pourrait aller en enfer, que la force gravitationnelle exercée par les deux frères est encore trop forte pour être contenue dans la même pièce, dans le même studio d’enregistrement, sur la même scène.
Cela met dans vos oreilles le tic-tac d’une bombe à retardement coincée derrière le rideau, prête à exploser tôt, tard ou peut-être pas du tout. L’intrigue part des « rôles » : Noel le professionnel, Liam la tête brûlée. Deux personnages aux deux personnalités massives, plus grands que l’image, plus vrais que nature. Vont-ils durer ensemble combien de temps, le temps d’une répétition en studio, d’une chanson, d’une performance ?
C’est incroyable comme Oasis : Don’t Look Back in Anger sait faire un bon récit sur la ténacité de la relation difficile des Gallagher, même s’il évite les pourquoi et les comment de ce retour sur scène. Du pourquoi le faire, du pourquoi le faire maintenant, de la façon dont il a même été possible de le concevoir sur les débris de ce qu’est Oasis depuis la date fatidique du 28 août 2009 à Rock en Seine. Nous quittons le fait absolu : Oasis est à nouveau réunie. Et en plus, avec une tournée mondiale sans avoir aucun album en promotion : la seule promotion nécessaire était, encore une fois, le fait lui-même.
Un mariage heureux entre œuvre festive et instantané culturel
Et une fois sorti de l’apnée du hangar utilisé comme immense salle de répétition, le documentaire saute de concert en concert, d’une chanson à l’autre, offert par le documentaire au carrousel généreux grâce au montage stratosphérique de George Cragg et Martina Zamolo, qui crée un pont de connexions entre un continent et un autre, entre une myriade de micro-histoires, de souvenirs fugaces (les inserts d’archives) et de souvenirs mouvants (ceux qui se portent sur la peau et dans les yeux des spectateurs interviewés).
Un entrelacement de fils émotionnels qui, avec la direction de Lovelace et Southern, capture les complexités individuelles et les sautes d’humeur glissant entre la scène et le public. Dont il saisit l’anticipation, l’exaltation, l’enthousiasme, l’incrédulité, même les peurs que ce rêve lucide – mais vous réalisez que le Oasis sont-ils de retour pour jouer ensemble ?! – peut s’effondrer à tout moment, peut sombrer au moindre clignement d’œil dans un autre trou noir de quinze ans.
Convaincant pour tout spectateur, à la limite masturbatoire pour les fans les plus inconditionnels, Oasis : Don’t Look Back in Anger a le mérite d’assainir le poison et d’administrer l’antidote. Il a le mérite de croire au pardon comme une vertu de l’esprit et de la nouvelle iconographie du groupe, de faire croire – parce qu’au fond, on n’y croit pas vraiment – qu’aucun haillon ne volait derrière ces moments de backstage, mais plutôt que se poursuivaient les longues accolades et les sourires complices entre Liam et Noel, que le documentaire capte et chérit. Un équilibre parfait entre narration cinématographique, fragment biographique, instantané socioculturel et pur divertissement.
Note : 8
indéfini