C’était la fin de l’été 1576, et la peste faisait des victimes à Venise : le 27 août exactement, il y a 450 ans, mourait la plus illustre de ces victimes, le grand peintre vénitien de la Renaissance. Titien Vecellio (Pieve di Cadore, 1488/1490 – Venise, 1576), alors au faîte de sa gloire. Un succès si hors d’échelle qu’il a surmonté les restrictions imposées par l’urgence sanitaire, lui garantissant des funérailles en grande pompe à Saint-Marc et une inhumation dans la Basilique des Frari. Mais comment Titien en est-il arrivé à avoir une telle célébrité de son vivant ? Voici les cinq faits fondamentaux pour se rapprocher du peintre officiel de la Sérénissime, dont l’œuvre la plus célèbre est la Vénus d’Urbino, peinte en 1538.

C’était un grand expérimentateur de la couleur : le rouge Titien
Titien était un croyant de toujours grand expérimentateur avec la couleur, dont il a toujours fait un utiliser novateur. La plus célèbre de ces expériences l’a amené à réaliser nuances particulières de rouge avec la cochenille, un insecte originaire des Amériques qui contenait une grande quantité d’acide carminique : une fois pulvérisé, il pouvait être utilisé comme pigment. Titien a contribué, avec Giorgione, au développement de la peinture tonale, atteignant à la fin de sa carrière une utilisation presque impressionniste de la couleur.

Il a changé la peinture européenne au sein des meilleures cours : les chefs-d’œuvre
Titien a une peinture européenne profondément renouvelée produisant avec une grande variété de thèmes et d’œuvres, des portraits officiels aux scènes religieuses, des autoportraits (dont beaucoup ont malheureusement été perdus) aux œuvres à caractère pastoral, une profonde influence sur l’art baroque qui le suivra. Ce niveau d’influence n’aurait pas été possible s’il n’avait pas accès aux meilleurs courts d’Europe. De l’extraordinaire Assunta dei Frari (1516-1518), qui marqua son affirmation dans le panorama vénitien, jusqu’aux célèbres portraits des empereurs romains Charles V et Philippe II, tout au long du XVIe siècle, il n’y eut aucune porte qui ne s’ouvrait pour Titien.

Le paysage devient protagoniste
Selon les plus grands experts du Titien, dans son œuvre, le paysage cesse d’être un simple élément décoratif, comme c’était l’habitude à la Renaissance, et devient un élément visuel essentiel : les personnages et le paysage sont pleinement intégrés. Ce nouveau concept de paysage s’est considérablement développé dans la première moitié du XVIe siècle (surtout en Vénétie) également grâce à deux collaborateurs de Titien, Giulio et Domenico Campagnola, devenant un modèle pour tous les paysagistes européens jusqu’à la première moitié du XIXe siècle.
Il a eu une très longue carrière et n’a jamais cessé d’innover
On ne peut pas vraiment dire que Tiziano ait jamais hésité à travailler. En effet il a continué à peindre jusqu’à sa mort vers 86 anscouronnant une carrière qui a couvert une grande partie du XVIe siècle. Et ce n’est pas tout : ses dernières œuvres montrent comment il continue d’expérimenter, comme la Pietà dell’Accademia (1576), créée avec touches rapides et presque inachevées.

Malgré son succès, il n’a jamais oublié son pays d’origine
Même si ses succès l’ont amené tout au long de sa vie à fréquenter les plus importantes cours européennes, Titien n’a jamais oublié sa Pieve di Cadore natale. Dans le Bref Recueil de la vie du Titien de 1622, le peintre Tizianello, son descendant, rappelle le désir du Maître d’être enterré dans la chapelle familiale. Malheureusement, comme nous le savons, cela n’a pas été possible à cause de la peste qui a frappé Venise : cependant, sa maison natale reste à Pieve (aujourd’hui un musée).